Le virus de la tomate est chez nous!!

L’année 2020 est-elle l’année du virus? Depuis plusieurs semaines, nous devons faire face à la crise sanitaire du COVID-19, que nous tentons de contenir et de limiter la casse. Mais il y a un autre virus qui vient d’arriver: le virus de la tomate.

Les médias en ont fait la une début février, sur un ton très alarmiste et ils n’ont pas tort. Car des heures sombres s’annoncent pour nous, jardiniers amateurs.

De quel virus de la tomate il s'agit?

On connaît tous déjà la pourriture grise, l’altanariose, l’odium et le plus célèbre, que j’ai nommé, le mildiou. Ces maladies sont dues à des pathogènes fongiques. Mais là, on parle d’un virus. Donc qui dit virus dit que les traitements préventifs habituels ne sont d’aucune efficacité.

Quel est son nom?

Son petit nom est: Tomato Brown Rugose Fruit Virus et avec son abrégé: ToBRFV.

Il fait parti des virus du genre Tobamovirus.

Il ressemble à des bâtonnets, plus ou moins longs. L’analyse phylogénétique a montré que la séquence génomique du ToBRFV diffère de celle du ToMV (virus de la mosaïque de la tomate) ou du TMV (virus de la mosaïque du tabac) de 18 %. Cela suggère qu’il pourrait provenir d’un ancêtre commun de ces deux virus.

virus de la tomate photo

Particules virales vues au microscope électronique

Il vient de où ce virus de la tomate?

Le bulletin de veille Phytosanitaire 01/DERAJ/DERS/SSR/2019 de ONESSA indique que les premiers symptômes dus à ce virus de la tomate ont été décrits pour la première fois en Israël en 2014 sur des cultures de tomates. Puis il a été identifié en Jordanie en 2015 sur des tomates produites en serre. Pendant 4 ans, plus de traces mais il réapparaît  en 2018,  au Mexique, aux Etats-Unis et en Allemagne. Puis en 2019, on le retrouve aux Pays-Bas, en Espagne et dans le bassin méditerranéen. 

carte du virus de la tomate

Pourquoi le virus de la tomate fait peur?

Son mode d'action

Le virus de la tomate n’a aucun impact sur l’homme, il faut bien le préciser (enfin c’est que que nous dit l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans sa mise en garde du 03/02/2020, relayé par le service Public dans sa publication du 25/02). Ce virus s’attaque aux cultures de la tomate mais aussi à celles du poivron et des piments.

Le ToBRFV pénètre dans la plante par des micro-blessures provoquées par un contact physique avec tout support porteur de virus : plantes, mains, outils de travail, vêtements de manipulateurs, insectes pollinisateurs, oiseaux ou eau d’irrigation. Une fois dans la plante, ils se propagent de cellule à cellule et envahissent la plante entière.

Les symptômes

virus de la tomate

Sur les fruits:

Les fruits présentent des décolorations résultant d’une maturation irrégulière, avec des tâches jaunes ou brunes, des déformations.  Et parfois des symptômes de rugosité caractéristiques apparaissent.

Sur les feuilles:

Les feuilles présentent de tâches en mosaïque, un rétrécissement occasionnel des feuilles, des jaunissement des nervures et des veines. On observe aussi des symptômes nécrotiques sur le pédoncule, le calice et les pétioles.

Les semences, les plants et les fruits restent infectieux. Ils peuvent véhiculer le ToBRFV sur de longues distances, notamment lors d’échanges commerciaux selon l’ANSES. Le virus est très stable et se maintient pendant de nombreux mois sur des objets sans matière végétale. Le climat n’est pas un facteur limitant pour le ToBRFV dans la mesure où la plante hôte trouve des conditions climatiques favorables à son établissement.

Les conséquences

La diversité d’expression des symptômes dépend du moment de l’infection, des variétés, des conditions climatiques, et d’autres conditions de croissance. Sa détection est de ce fait plus difficile. Une plante infectée peut également être porteur sain (asymptomatique). Cela  augmente le risque de propagation de la maladie. Toutes les cultures de tomates sont impactées : agriculture conventionnelle, biologique, en protection biologique intégrée, sous serre et plein champ.

Les tomates sont toujours consommables mais elles sont non commercialisables. Et c’est là que « le bas blesse ». Car cela met en péril la production française et européenne. Il peut provoquer des pertes de rendement allant de 15% à 100%. En 2018, la France a produit plus de 500.000 tonnes de tomates. Imaginez la perte économique si le virus de la tomate décimait la production française. Et je ne parle qu’au niveau de la France. Cela serait une catastrophe au niveau européen.

Comment combattre le virus?

Il n’y aucun moyen de lutte chimique, génétique ou de bio-contrôle qui existe à ce jour contre ce virus.

Les mesures préconisées par les organismes officiels sont essentiellement des mesures prophylactiques strictes.  Notamment il faut désinfecter les outils, éliminer les débris de culture, utiliser des semences ou des plants certifiés indemnes.

Lorsque des plant infectés sont repérés (diagnostic à confirmer par un laboratoire spécialisé), il est recommandé de retirer soigneusement les plantes symptomatiques. Il faut les détruire par enfouissement ou incinération de manière à éviter les débris aériens. Il faut également tenir compte du fait que les plantes asymptomatiques peuvent être porteuses du virus.  D’une part, les symptômes apparaissent plusieurs jours après l’infection, d’autre part, certaines variétés peuvent rester asymptomatiques malgré l’infection par le virus.

En cas d’apparition de symptômes évocateurs (cités plus haut), contactez la Direction régionale de l’alimentation, l‘agriculture et la forêt (DRAAF) de votre région pour faire un signalement.

Vous pouvez télécharger ici les recommandations pour les jardiniers amateurs.

Soyez attentifs lorsque vous achetez vos semences, en privilégiant la qualité au prix.  Les graines vendues dans ma boutique sont rigoureusement sélectionnées et systématiquement testées avant d’être mis en vente. Vous pouvez suivre leur culture  grâce au blog où je ne vous cache rien. Vous avez la garantie que les graines sont saines et de qualité même si elles n’ont pas de certificat phytosanitaire.

Et en France, il est arrivé?

Le foyer français, découvert début Février, est pour l’instant cantonné à deux serres d’une exploitation dans le Finistère. Les plants incriminés proviennent du Royaume-uni mais sont issus de semences produites aux Pays-Bas. Trois autres exploitations identifiées comme ayant reçu le même type de plant font l’objet de prélèvements dans le cadre de l’enquête de traçabilité.

Attention, nous, les jardiniers amateurs nous sommes dans le collimateur de l’ANSES. Elle a souligné : Les jardiniers du dimanche et leurs potagers représentent un risque important de propagation du virus de la tomate ToBRFV ou tomato-virus, qui fait courir un grave risque économique pour les producteurs français.

« La difficulté, c’est qu’aujourd’hui à peu près 50% des plants en France sont commercialisés vers le grand public, vers les jardins potagers et là, comme c’est un virus très résistant dans l’environnement, il peut passer d’un plant à l’autre par le fruit, par les feuilles, par les outils et donc contaminer de jardin en jardin », a déclaré Roger Genet, directeur général de l’Anses, lors d’un point de presse au salon de l’agriculture.

« On peut avoir une vraie situation épidémique difficile à réguler, et c’est évidemment très difficile d’aller décontaminer les jardins et les outils des gens, donc on est extrêmement vigilant sur ces introductions et, quand il y a un point d’infection, à remonter à la source pour pouvoir circonscrire », a-t-il ajouté.

En 2020, un plan de surveillance officiel renforcé conduira à plus de 350 inspections visuelles réalisées en cultures sur poivrons, tomates et aubergines et à plus de 500 prélèvements systématiques même en l’absence de symptômes. Le plan de surveillance annuel déployé sur les végétaux et produits végétaux importés depuis les pays tiers intégrera également la recherche de ce virus. Des fiches d’information ont été largement diffusées aux opérateurs professionnels pour les sensibiliser au risque de contamination lors du travail des végétaux. (Source : Site du Ministère de l’Agriculture).

Voilà, vous êtes prévenus. Accordez une attention particulière à vos tomates pour cette saison 2020. Et n’hésitez pas si vous avez découvert le virus de la tomate (même si cela vous déchire le coeur) à mettre en confinement votre jardin!!!

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